03/09/2025
Insectes : le socle invisible qu’on est en train de briser. Il est urgent de restaurer leurs populations, et on connait les solutions :
On parle du climat en tonnes de CO₂ et en degrés. Mais avant d’être un problème de chiffres, c’est une histoire de vivant.
Et au cœur de ce vivant, il y a les insectes.
Sans eux, la Terre n’aurait jamais connu cette diversité génétique.
Ils sont le socle qui transforme, recycle, nourrit et maintient des écosystèmes sains et résilients.
Ils sont présents dans tous les cycles eau, carbone, azote, matière organique et donc à la base même du climat.
En moins de 30 ans, plus de 75 % de la biomasse d’insectes a disparu dans la plupart des régions.
Ce n’est pas un simple déclin : c’est un écroulement biologique.
Et la science est sans appel :
La première cause, ce sont les intrants et les pesticides.
Le reste fragmentation des habitats, pollution lumineuse, réchauffement ne fait qu’aggraver.
Pourquoi c’est vital
Les insectes :
- Régulent les ravageurs et les maladies
- Pollinisent 80 % des plantes à fleurs sauvages et 75 % des cultures
- Recyclent le bois mort, les feuilles, et les cadavres animaux comme végétaux en restituant les nutriments aux sols et aux eaux
- Maintiennent la fertilité et la structure des sols
- Nourrissent oiseaux, chauves-souris, reptiles, amphibiens, araignées…
- Et dans l’eau, ils sont essentiels à toutes les étapes de vie des poissons : larves aquatiques pour les juvéniles, insectes adultes tombant à l’eau comme ressource énergétique saisonnière, et nourriture cruciale pour les alevins lors du frai
- Transportent bactéries et champignons bénéfiques, entretiennent les symbioses, connectent les écosystèmes
Les cycles qu’ils maintiennent
Les insectes sont les mécaniciens invisibles des cycles naturels :
- Cycle de l’eau : infiltration, rétention dans les sols, régulation de l’humidité
- Cycle du carbone : décomposition de la matière organique, stockage dans les sols et les sédiments
- Cycle de l’azote : transformation et redistribution des nutriments
- Cycle alimentaire : transfert d’énergie entre végétaux, herbivores, carnivores et décomposeurs
Sans eux, ces cycles se grippent. Et quand les cycles se grippent, le climat se dérègle.
Les conséquences concrètes
- Agriculture : dépendance accrue aux intrants chimiques, rendements instables, coûts sociaux et sanitaires explosifs
- Sols : perte de fertilité, érosion, désertification
- Eaux et poissons : rivières appauvries en proies, reproduction compromise pendant le frai, pêches et aquaculture fragilisées
- Climat : moins d’insectes = moins de régulation biogéochimique = plus de dérives et d’instabilité
Le vrai scandale
Ne pas représenter cette perte comme un danger majeur pour l’humanité, c’est un sabotage institutionnel.
Si ces chiffres étaient relayés chaque jour, chacun comprendrait que nous sommes en train de débrancher les systèmes de régulation qui rendent la planète habitable.
Les laisser disparaître, c’est effacer les fondations mêmes de la vie
Nicolas Camp