16/10/2026
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Bias, petit village des Landes. Un gamin de demi de mêlée rêvait du maillot dacquois.
Ici, entre les pins et les champs du Sud-Ouest landais, le rugby ne s'apprend pas dans les livres. Il se transmet dans la terre, dans les vestiaires qui sentent la sueur et le bois mouillé, dans les regards des anciens qui n'ont jamais quitté leur village. Jérôme Daret a grandi dans ce monde-là, formé à l'UA Mimizan avant de rejoindre l'US Dax, le club qui allait devenir toute sa vie.
La fidélité, dans ce sport, se mesure parfois en décennies plutôt qu'en trophées.
De 1994 à 2006, Daret porte le maillot dacquois comme demi de mêlée, douze années à distribuer le jeu sans jamais chercher la lumière. Pendant ce temps, il découvre une autre facette du rugby, presque par accident : appelé en renfort pour pallier la blessure d'un coéquipier, il rejoint l'équipe de France de rugby à 7. Son baptême se fait à Hong Kong, sur l'un des tournois les plus exigeants du circuit mondial. Ce passage, qui aurait pu rester anecdotique, allait planter une graine pour la suite.
Car Daret n'a jamais vraiment quitté le terrain. Il a simplement changé de poste d'observation. Dès la fin de sa carrière de joueur, il intègre le staff dacquois, grimpe les échelons, devient directeur du centre de formation, puis entraîneur principal à plusieurs reprises, souvent appelé en pompier de service quand le club traverse des tempêtes. En 2007, il épaule l'équipe fraîchement promue en Top 14, à la suite de Marc Lièvremont. En 2012, nouvelle sollicitation, nouvelle responsabilité. Il est de ceux qu'on appelle quand tout vacille, jamais de ceux qui réclament le poste.
Les hommes de l'ombre tiennent souvent les charpentes que personne ne voit.
En 2015, alors que Dax traverse une crise sportive et que Richard Dourthe quitte le navire, Daret se retrouve, presque malgré lui, à porter une charge de travail écrasante, officiellement simple consultant, officieusement pilier de la maison. Puis vient la consécration discrète : en 2017, la Fédération Française de Rugby lui confie les rênes de l'équipe de France de rugby à 7. Un pari sur un homme de dossier, pas de paillettes.
Sept ans plus t**d, ce pari paie. En mars 2024, à Los Angeles, Daret conduit son équipe vers une victoire historique sur le circuit mondial, dans une tournée suivie comme jamais grâce à la présence d'Antoine Dupont, venu préparer les Jeux Olympiques de Paris. Puis vient Madrid, et le sacre : premier titre de champions du monde des séries pour les Bleus du rugby à 7. Une ligne d'un gamin des Landes à la plus haute marche mondiale.
On ne bâtit pas un tel parcours sans la patience des terres qui vous ont vu naître.
Daret n'a jamais eu le visage des légendes médiatiques. Il a eu celui, plus rare, des bâtisseurs silencieux.
Souvenez-vous de lui. Les sommets se construisent aussi dans l'ombre.