25/05/2025
𝗤𝘂𝗮𝗻𝗱 𝗹𝗲 𝘀𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿𝗼𝗺𝗶𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻 : 𝗹𝗮 𝗽𝗼𝘀𝘁𝘂𝗿𝗲 𝘁𝗿𝗼𝘂𝗯𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗝𝗼𝘀𝗲𝗽𝗵 𝗞𝗮𝗯𝗶𝗹𝗮 𝗳𝗮𝗰𝗲 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝘁𝗿𝗮𝗴𝗲́𝗱𝗶𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗴𝗼𝗹𝗮𝗶𝘀𝗲
Par Hon. Prof. Mechack MANDEFU MUELA – Député national, Chercheur en Droit
1. Le mutisme d’un sénateur à vie face à l’épreuve de la nation
En République démocratique du Congo, le titre de sénateur à vie conféré à un ancien chef de l'État n’est pas honorifique ; c'est un régime juridique reconnu constitutionnellement, en vertu de l'article 104 de la Constitution. Par conséquent, il jouit de tous les avantages reconnus à tous les sénateurs. Ce statut s'accompagne d’une obligation morale : celle d’être un repère, une voix de sagesse, une figure d’équilibre dans les moments de crise.
Face à la guerre d’agression menée par le M23 avec l’appui documenté du Rwanda – une réalité établie par des rapports onusiens, de multiples chancelleries et instances internationales – le silence prolongé de Joseph Kabila, suivi d’un retour tardif sur la scène publique, interpelle. Pendant six longues années, alors que les Congolais de l’Est subissaient massacres, déplacements et humiliations, aucune condamnation, aucun message de soutien, aucune prise de position claire de la part de celui qui a incarné l’État pendant près de deux décennies. Ce silence, loin d’être une posture de réserve, a fini par ressembler à une forme de complicité avec les bourreaux.
2. Une prise de parole en autoprotection, non en défense de la République
Ce n’est qu’au moment où certains de ses anciens collaborateurs sont éclaboussés par des soupçons de collusion avec les rebelles que Joseph Kabila choisit de sortir de son mutisme. Or, sa déclaration n’a rien d’un appel au sursaut national. Elle évite soigneusement de désigner l’agresseur pourtant clairement identifié : le Rwanda et ses supplétifs du M23.
Une telle ambiguïté, dans un contexte aussi grave, n’est pas une simple erreur de communication. Elle traduit un positionnement politique calculé, au moment même où des enquêtes et accusations le rapprochent indirectement du drame en cours, laissant présumer une possible participation criminelle.
3. Une mémoire sélective et une rhétorique déresponsabilisante
Le discours de l’ancien président critique la faiblesse actuelle des forces armées. Mais il omet de rappeler que cette armée est en grande partie l’héritière d’un système qu’il a lui-même façonné : absence de réforme structurelle, intégrations précipitées de groupes armés, création de chaînes de commandement parallèles, politisation de la hiérarchie militaire. Le mal dénoncé aujourd’hui est le prolongement direct d’une gestion militaire marquée par l’improvisation et les compromissions. D’ailleurs, les ordonnances signées dans l'appareil sécuritaire à la veille de son départ du pouvoir en attestent.
4. L’ombre d’une revanche politique sous couvert de “pacte citoyen”
L’annonce d’un prétendu “pacte citoyen” peut sembler, à première vue, relever d’un appel à l’unité. Mais cette initiative interroge : peut-on prétendre à une nouvelle convergence nationale sans reconnaître ses responsabilités passées ? Peut-on reconstruire la République avec ceux qui ont contribué à son affaiblissement institutionnel ? Le “pacte” proposé ressemble moins à un projet de réconciliation qu’à une tentative de reconstitution d’un capital politique en perte d’influence.
5. Ce que la République attend : clarté, loyauté, vérité
Dans ce moment historique, la RDC n’a pas besoin d’ambiguïtés ni de calculs personnels. Elle a besoin d’unité face à l’ennemi, de solidarité envers les populations meurtries, et d’une ligne claire contre l’agression étrangère. Joseph Kabila, en tant que sénateur à vie, est attendu non comme un acteur partisan, mais comme une conscience républicaine. En refusant de nommer l’agresseur, il faillit à cette exigence et brouille dangereusement le message prétendument qualifié de national. Cela donne même l’impression d’une tentative de désorientation de l’action judiciaire en cours.
6. Une seule question subsiste : peut-on défendre la République sans en assumer les valeurs ?
L’histoire jugera chacun à l’aune de sa clarté et de son courage. Mais nous, représentants du peuple, avons le devoir de parler sans détour. Face à la tragédie de l’Est, le temps des silences équivoques est révolu. Il faut des positions fermes, des condamnations explicites, et un engagement sans ambiguïté pour la souveraineté nationale.